
Partenaire : Centre de réhabilitation du Kosovo pour les victimes de torture
Je me souviens encore du silence qui régnait dans la salle lorsque Ramadan Nishori, connu sous le nom de Dani, s’est levé pour prendre la parole. C’était le 14 avril, jour officiel de la « Journée du souvenir des survivants des violences sexuelles commises pendant la dernière guerre au Kosovo ». Cette date revêt une importance considérable, car elle marque le jour où Vasfije Krasniqi-Goodman, la première survivante à avoir raconté son histoire, a été violée à l’âge de 16 ans. Son courage a ouvert la voie à d’autres.
Pendant des années, les violences sexuelles commises pendant la guerre ont été considérées comme un tabou absolu au Kosovo. Briser ce silence a nécessité des années de plaidoyer acharné, un mouvement largement mené et soutenu par la société civile. À sa tête se trouvaient le Dr Feride Rushiti et son équipe du Centre de réhabilitation pour les victimes de torture du Kosovo (KRCT). Pendant 25 ans, ils ont travaillé sans relâche pour créer un espace, une sécurité et un soutien pour les victimes de violences sexuelles. C’est grâce au soutien du KRCT que Vasfije, puis Shyhrete, et maintenant Dani, ont trouvé la force de raconter leur histoire . Leurs témoignages ont ouvert la voie à un plus grand soutien social pour les survivants et ont joué un rôle clé dans la lutte contre la stigmatisation.
La salle où Dani a partagé son histoire était froide et sombre, reflétant le poids émotionnel de ce qui se déroulait : Dani était le premier homme à briser le silence. Dans la société kosovare, parler des femmes victimes de violences sexuelles était un sujet tabou, tandis que la notion de victimes masculines était rejetée. Dans un contexte où beaucoup refusaient de croire que les hommes pouvaient être des victimes, le choix de Dani de prendre la parole était tout simplement extraordinaire. Malgré le froid, la salle était réchauffée par la solidarité silencieuse des centaines de personnes présentes. Peu de moments m’ont autant marqué, non seulement pour le courage de Dani, mais aussi pour ce que cela signifiait : une société dans laquelle les survivants masculins peuvent enfin être vus, entendus et soutenus.
Le témoignage public inédit de Dani s’est avéré être un tournant. L’histoire s’est répandue comme une traînée de poudre à travers les chaînes de télévision, les portails d’information et les réseaux sociaux ; enfin, les voix des hommes victimes de viols de guerre étaient entendues. Un jour plus tard, un autre survivant a contacté KRCT. Beaucoup d’autres trouveront désormais la force d’entamer leur processus de guérison. De nouvelles voies vers la responsabilisation verront le jour, apportant justice aux victimes.
KRCT reste un acteur clé de cette transformation. L’organisation a soutenu les survivants alors que peu d’autres le faisaient, plaidant pour la justice, offrant un soutien psychosocial et faisant pression pour obtenir la reconnaissance, un changement de politique et une réadaptation à long terme. Elle a contribué à changer le discours au Kosovo, non seulement en répondant aux traumatismes, mais aussi en remodelant la façon dont la société comprend et compatit avec les survivants.
Son travail n’est pas passé inaperçu. Feride et le KRCT sont désormais nominés pour le prix Nobel de la paix. Cela reflète la confiance qu’ils ont gagnée, les changements sociétaux qu’ils ont influencés et la guérison qu’ils ont rendue possible.
Par Besart Lumi
PeaceNexus soutient le développement organisationnel de KRCT depuis 2020.
Note de l’auteur :
J’ai choisi cette histoire parce qu’elle montre comment le courage d’un survivant peut transformer la manière d’aborder le passé en un changement sociétal plus large. Aborder le passé ne concerne pas seulement l’histoire, il s’agit aussi de briser le cycle de la violence et de rétablir la confiance pour l’avenir.