Tisser un nouveau tissu social pour le Kirghizistan

Partenaire : Ministère de la Culture

Au Kirghizistan, l’effondrement de l’Union soviétique a entraîné un vide civique. Les politiques identitaires de l’ère soviétique avaient réprimé les identités ethniques, religieuses et régionales locales. Après l’indépendance, une vision ethno-nationaliste exclusive a émergé. Cela a contribué à deux conflits interethniques importants, en 1990 et 2010, qui ont approfondi les divisions et érodé la confiance dans les institutions publiques, en particulier parmi les minorités et les jeunes.

Une avancée décisive a été réalisée avec la création du Kyrgyz Jarany (KJ). Cette politique d’identité civique et de cohésion sociale a été élaborée dans le cadre d’un processus participatif sans précédent à l’échelle nationale. Pour la première fois, les minorités ethniques et religieuses, les femmes, les jeunes et les groupes locaux ont contribué à l’élaboration d’un cadre national visant à unir, plutôt qu’à assimiler, des communautés diverses.

Ce processus a déclenché deux changements majeurs : il a contribué à restaurer la confiance dans les institutions étatiques et a commencé à combler les divisions sociales anciennes. Ce qui a commencé comme un concept politique s’est transformé en un mouvement social plus large. Le Kyrgyz Jarany a défini l’appartenance civique non pas en termes ethniques, mais comme un engagement commun envers des valeurs inclusives, le respect mutuel et l’unité nationale à travers la diversité.

Au cœur de cette transformation se trouvait le Département des relations interethniques du ministère de la Culture. Autrefois entité bureaucratique proposant des solutions uniformes, il s’est orienté vers une approche sensible aux conflits. Le personnel a acquis de nouvelles compétences en matière de pensée critique, de communication inclusive et de dynamique intergroupes, passant d’un contrôle descendant à un engagement réactif.

Ce changement institutionnel a déclenché des réformes pratiques. Le département a collaboré avec des universités et l’Académie de gestion pour élaborer un guide et des modules de formation. Plus de 460 fonctionnaires nationaux et municipaux ont été formés à la gouvernance inclusive et à l’engagement communautaire sensible aux conflits. Les acteurs locaux ont commencé à adapter leur action auprès des groupes minoritaires et à personnaliser les services publics afin de mieux refléter les besoins de chaque communauté. Un réseau de 20 formateurs régionaux continue de soutenir ce travail, en intégrant de nouvelles pratiques au-delà de la capitale.

La conception participative du Kyrgyz Jarany a également influencé la manière dont le concept a été communiqué. Au lieu de diffuser des messages de l’État, le ministère a co-créé sa stratégie et son identité visuelle avec des migrants, des femmes, des jeunes et les groupes religieux, veillant à ce qu’ils ne soient pas seulement les destinataires, mais aussi les auteurs de ce message.

L’impact du Kyrgyz Jarany sur la consolidation de la paix réside dans la transformation des institutions et des relations. Il a créé un espace propice à l’enracinement de valeurs civiques communes et a donné aux groupes exclus un rôle significatif dans l’élaboration d’une identité nationale. Il a également favorisé une nouvelle confiance et une nouvelle collaboration entre le gouvernement et la société civile.

Au-delà du Kirghizistan, des pays voisins tels que le Kazakhstan et l’Ouzbékistan ont pris note de cette initiative et explorent des processus similaires d’identité civique inspirés par ce modèle inclusif.

Par Kanatbek Abdiev

 

PeaceNexus apporte son soutien au ministère de la Culture en matière de sensibilité aux conflits depuis 2021.

Note de l’auteur :

 J’ai décidé de partager cette histoire car elle montre comment les institutions étatiques, en adoptant des approches inclusives et des pratiques sensibles aux conflits, peuvent jouer un rôle de premier plan dans la promotion de l’unité, de la tolérance et du respect de la diversité.