
Comment la conservation peut-elle réussir là où les conflits font partie du quotidien ? C’est la question à laquelle le Fonds mondial pour la nature (WWF) a cherché à répondre dans le cadre de son partenariat avec nous.
Nous avons commencé à travailler avec le WWF à la suite d’une proposition conjointe émanant de quatre bureaux du WWF – en Colombie, en République démocratique du Congo (RDC), au Myanmar et en Allemagne – qui souhaitaient collaborer à l’élaboration d’un modèle clair pour « mener des actions de conservation en situation de conflit ».
Le partenaire
Le WWF est l’une des plus grandes organisations de conservation au monde, dont la mission est de bâtir un avenir où l’homme et la nature prospèrent ensemble. Avec des programmes actifs dans près de 100 pays, bon nombre de ses opérations se déroulent dans des zones fragiles ou touchées par des conflits. Les quatre bureaux impliqués dans ce partenariat reflètent cette diversité.
En s’associant à nous, le WWF souhaitait renforcer sa capacité à gérer les risques liés aux conflits et à contribuer à la cohésion sociale dans le cadre de son travail de conservation. Compte tenu de l’importante présence et de la notoriété du WWF, l’organisation est bien placée pour montrer l’exemple au sein du secteur de la conservation.
Notre soutien
Notre subvention dédiée à la sensibilité aux conflits et notre accompagnement pratique aident le WWF à approfondir une approche sensible aux conflits, adaptée à chaque bureau et au niveau du réseau, tout en tirant parti des enseignements mutuels et en s’appuyant sur les travaux de chacun.
Lorsque nous avons entamé notre collaboration en 2022, nous avons facilité des discussions importantes sur la manière dont les conflits affectaient les efforts du WWF et sur la façon dont les bureaux y répondaient déjà. Les quatre équipes ont identifié des moyens de renforcer leurs pratiques existantes et ont défini des mesures concrètes pour l’avenir. Ces discussions ont également donné lieu à des échanges transnationaux, à des apprentissages et au renforcement des capacités, tirant ainsi le meilleur parti de l’expertise existante en matière de sensibilité aux conflits et de consolidation de la paix environnementale.
Deux directeurs nationaux issus de situations fragiles et touchées par des conflits (FCAS) ont dirigé un groupe de travail à l’échelle du réseau afin d’évaluer le travail du WWF dans des contextes de conflit et d’instabilité, et de formuler des recommandations pour l’avenir. Cette initiative a été intégrée au partenariat avec nous afin de tirer le meilleur parti des synergies entre les différentes initiatives.
Nous sommes restés engagés à accompagner les différents volets de travail et à apporter notre expertise technique, lorsque cela s’avérait utile. Nous tirons également parti de nos relations au sein de l’écosystème plus large des acteurs de l’environnement et de la paix pour soutenir les efforts du WWF, en identifiant des plateformes où ils peuvent présenter leur travail et en les mettant en relation avec leurs pairs sur des questions d’intérêt commun et d’apprentissage.
Les résultats
Pour le WWF, la sensibilité aux conflits est passée d’une ambition stratégique à un programme concret à l’échelle du réseau. En Colombie, l’intégration de la sensibilité aux conflits et de la consolidation de la paix environnementale dans une initiative pilote a permis de renforcer les capacités locales d’autoprotection et de participation des femmes défenseuses de l’environnement en Amazonie. Les enseignements tirés ont aidé le WWF à adapter ses pratiques opérationnelles.
En RDC, des analyses de conflits ont permis d’ajuster les programmes dans tous les domaines d’intervention du WWF. Le WWF a également renforcé ses partenariats avec les OSC et les communautés locales afin de gérer et de transformer les conflits, et de promouvoir des activités de subsistance sensibles aux conflits dans le cadre de ses projets de conservation.
Au Myanmar, l’équipe a intégré la sensibilité aux conflits dans ses politiques et stratégies fondamentales, notamment en matière d’égalité des sexes, de handicap et d’inclusion sociale. Le WWF a continué à renforcer les compétences en matière de sensibilité aux conflits au sein de ses équipes et auprès de ses partenaires.
Le WWF Allemagne a joué un rôle de coordination essentiel et, en s’inspirant des autres équipes, a identifié des opportunités au sein de son bureau pour mettre en place des programmes sensibles aux conflits. Il a également noué des alliances autour d’une conservation sensible aux conflits et fondée sur les droits humains au sein de son bureau et avec d’autres bureaux du WWF présentant un potentiel de collecte de fonds.
Au niveau du réseau, le WWF a officiellement adopté le Cadre opérationnel pour travailler dans des contextes de zones de conflits et de sécurité fragile (FCAS) et a créé un nouveau poste de haut niveau pour en diriger la mise en œuvre. Il a également consacré des ressources internes et du temps de travail à la rédaction d’un manuel destiné au réseau sur la sensibilité aux conflits et à sa mise en œuvre.
Ensemble, ces résultats montrent comment le WWF va au-delà de la gestion de la biodiversité pour devenir un acteur de confiance et respecté dans les contextes fragiles. Ce faisant, le WWF libère le potentiel de la conservation pour une coexistence pacifique, la stabilité et une responsabilité partagée envers la nature.
Grâce aux modèles clairs issus de ce partenariat, le WWF est bien placé pour contribuer à redéfinir l’approche de la conservation dans des contextes complexes.
La sensibilité aux conflits constitue la première étape cruciale vers une conservation favorable à la paix — en veillant non seulement à « ne pas nuire », mais aussi à renforcer activement la stabilité et la cohésion sociale dans les régions les plus vulnérables et les plus riches en biodiversité du monde. Notre collaboration avec PeaceNexus a constitué un véritable partenariat, rare en son genre, qui a guidé et favorisé un changement transformationnel perceptible dans l’ensemble du réseau du WWF.
Alison Harley, directrice, Conservation dans les situations fragiles et touchées par des conflits (FCAS)