Sauver la rivière Falémé : une force citoyenne pour la survie

Partenaire : Conseil national pour le dialogue et la coopération rurales (CNCR), Sénégal

Par Aliou Demba Kebe

La rivière Falémé était en train de mourir. Principal affluent du fleuve Sénégal le long de la frontière malienne, elle était victime d’une exploitation minière semi-mécanisée incontrôlée. La rivière était étouffée par la pollution, le mercure, la déforestation et les routes illégales creusées dans son lit. Il s’agissait d’une catastrophe écologique imminente avec de graves conséquences humaines, sociales et sécuritaires pour des milliers de personnes.

Face à cette urgence, un mouvement citoyen unique a vu le jour. Sous l’impulsion du CNCR (Conseil National de Concertation et de Coopération des Ruraux (CNCR)), une plateforme de dialogue a été créée afin de rassembler les communautés locales, les leaders agricoles, les organisations environnementales et les facilitateurs régionaux. Grâce à une formation opportune en matière de prévention des conflits et de plaidoyer, ces acteurs se sont préparés à agir collectivement.

La mise en place de structures de consultation régionaux a marqué un tournant. Grâce à ces plateformes, les voix rurales ont été entendues, les témoignages des communautés ont été recueillis et les violations ont été documentées. Ce travail coordonné sur le terrain a confronté les autorités locales et nationales à la dure réalité vécue par les populations riveraines.

Cette mobilisation structurée a conduit à la création d’un Comité d’alerte pour la survie de Falémé. Amplifiée par une forte couverture médiatique, elle a permis à la société civile régionale, avec le soutien discret mais efficace de PeaceNexus, de faire entendre la voix des communautés jusqu’au plus haut niveau de l’État.

Le 18 juillet 2024, cet élan collectif a porté ses fruits : le gouvernement sénégalais a adopté un décret suspendant toute activité minière dans la zone de Falémé pendant trois ans. Une victoire historique, obtenue non pas par la confrontation, mais par la consultation.

Mais les efforts ne s’arrêtent pas là. Le CNCR et ses partenaires, notamment le CRAFS qui travaille sur le régime foncier, poursuivent leur engagement en faveur de la réhabilitation écologique du fleuve, de la décontamination, du renforcement des cadres juridiques et de l’inclusion durable des communautés locales dans la gouvernance minière. Un dialogue transfrontalier avec le Mali est également en cours, jetant les bases d’une gestion conjointe du fleuve.

C’est l’histoire d’un modèle de changement fondé sur le dialogue et la mobilisation citoyenne. Grâce à eux, la Falémé respire à nouveau.

PeaceNexus apporte son soutien au CNCR en matière d’engagement des entreprises depuis 2021.