Un mouvement de jeunes éleveurs pour la résilience et la paix

Partenaire : Réseau Billital Maroobé – un réseau de 175 membres dans 10 pays d’Afrique de l’Ouest

Par Aliou Kebe et Anina Uhlig

Laissez-moi vous raconter l’histoire d’un jeune berger nomade nommé Amadou. Il traversa le Sahel du nord au sud, analphabète et, à chaque étape, soupçonné d’être l’ami de tous les groupes extrémistes violents ou de faire partie de groupes armés la nuit. Mais que diriez-vous si je vous disais que ce sont des préjugés ? Que c’est une erreur que tout le monde commet à propos d’Amadou, et une histoire que PeaceNexus s’efforce de changer.

L’histoire d’Amadou, ce jeune berger transhumant du Sahel, pris entre le marteau de l’armée et l’enclume des groupes djihadistes, est celle de millions de jeunes dans cette partie de l’Afrique de l’Ouest.

S’ils traversent le Sahel vers le sud à la recherche d’herbe pour leur bétail pendant la saison sèche, ils suscitent la méfiance et la suspicion.  Et pourtant, leur voyage a des répercussions positives sur le plan économique, social et environnemental. Les médias se concentrent sur les quelques milliers de jeunes qui rejoignent des groupes armés ou qui ont décidé de migrer vers les zones urbaines pour échapper à leurs conditions de vie difficiles.  Dans le récit qu’ils racontent, ceux qui sont en mouvement sont frustrés. Ou dangereux. Ou une menace. Mais que se passerait-il si les jeunes éleveurs pouvaient être une force itinérante pour la paix ?

C’est la conviction profonde qui a motivé l’initiative des Jeunes ambassadeurs du pastoralisme, lancée il y a cinq ans par le Réseau Billital Maroobé. Ce qui a commencé comme un modeste rassemblement d’une douzaine de représentants de jeunes issus de communautés pastorales est depuis devenu un mouvement régional dynamique comptant plus de 300 ambassadeurs actifs dans 12 pays.

Dès le départ, le mouvement s’est ancré dans les valeurs de la culture pastorale : gouvernance partagée, respect mutuel et responsabilité collective. Au cœur de l’initiative se trouve un engagement commun : chaque ambassadeur lance une action civique locale, c’est-à-dire des mesures concrètes qui les plongent dans le monde pastoral, servent la communauté et favorisent la cohésion sociale. Souvent mises en œuvre dans des zones reculées ou mal desservies, ces actions sont plus que de simples projets. Elles constituent des rites de passage, des étapes symboliques dans le parcours personnel et le leadership de chaque jeune ambassadeur.

Ces expériences immersives préparent les jeunes ambassadeurs à devenir de puissants connecteurs dans toute la région. Que ce soit à Tchaourou, dans le centre du Bénin, où le déplacement du bétail a récemment été interdit et où un groupe d’ambassadeurs s’est réuni pour répondre aux tensions croissantes entre les éleveurs et les agriculteurs sédentaires, en trouvant des solutions pratiques qui mettent en évidence les interdépendances. Ou au Nigeria, dans des régions où les communautés pastorales, en particulier les jeunes filles, sont souvent exclues de l’éducation et des services de base, les jeunes ambassadeurs ont travaillé par le dialogue et le plaidoyer pour jeter les bases d’un meilleur accès à la scolarisation et à l’inclusion.

Ces jeunes leaders font office de ponts entre la tradition et la modernité, entre les générations, entre les populations nomades et sédentaires, et entre les connaissances locales et les institutions nationales. Leur plaidoyer s’étend des chemins poussiéreux des villages aux plateformes de haut niveau, où ils amplifient leur voix au nom de leurs communautés.

Aujourd’hui, Amadou ne suit plus seul son chemin. Il fait partie d’un mouvement de solidarité, d’une communauté au sein d’une communauté. Il donne régulièrement des conseils à d’autres jeunes leaders et se sent soutenu par eux et respecté par leurs aînés. Pour Amadou et beaucoup d’autres comme lui, la voie à suivre est claire, entre le marteau et l’enclume, vers un avenir plus prometteur et plus pacifique.

PeaceNexus apporte son soutien à RBM en matière de sensibilité aux conflits depuis 2019.